Quand le remote n’est plus une option

Contre mauvaise fortune, le travail en remote se généralise. Plus loin même, il conditionne actuellement le maintien de l’activité. Juste avant le confinement, Tech.Rocks interrogeait la communauté des Tech Leaders, sur ce sujet à travers une étude. Parmi les répondants seul un tiers d’entre eux travaillait à 100% à distance. Comment depuis s’est opérée la rupture ? Quatre figures du secteur reviennent ici sur la leur. 

La transition

Le remote n’est donc plus un choix pour une majorité d’entreprises du pays, ce quelle que soit leur activité. En première ligne, les équipes techniques permettent l’installation des structures et doivent souvent rassurer des collègues moins technophiles. « Le passage à 100% nous l’avons anticipé », raconte Eric Pantera, Chief Technology Officer de Teads. « On l’a abordé comme un entraînement et une résilience. On a organisé une sortie progressive des équipes en rotation en se disant que la situation allait durer. De façon séquencée, les collaborateurs sortaient à tour de rôle puis revenaient, pour ensuite ressortir. Ça a permis d’éviter tout sentiment de panique, d’accompagner la gestion des accès et de revenir prendre le matériel dont on avait besoin », poursuit-il.

L’expérience a été un des atouts de la gestion de la transition au sein de Saagie, où déjà en temps normal, 60 % de l’équipe technique produit à distance. « Aujourd’hui, tous les collaborateurs connaissent bien les outils » observe Youen Chéné CTO de l’entreprise. « On a eu le temps de faire des tests. Et en l’occurrence, ce matin (17/03/2020), on a fait une réunion, 67 participants étaient présents. Pour une entreprise qui n’a pas eu le temps de l’expérimenter, ça va être plus compliqué », conclut-il.

Dessin de @TommyDessine

Illustration par Tommy Dessine

Cette perspective peut même se tendre davantage selon Julien Dollon, Director of Engineering à Oracle. « Le remote exacerbe les façons traditionnelles de travailler, ses défauts comme ses qualités. Ça fonctionne bien si on a un modèle de management solide à la base. Si dans une équipe, il y a de la cohésion, un bon niveau d’empowerment, des objectifs clairs ».

Des faits d’autant plus sensibles que dans la situation actuelle, la pratique du travail à distance est (très) particulière. « C’est assez funky surtout quand on est parent », précise Mathilde Lemée co-founder, CTO de Jolimoi. « On n’est pas dans des conditions de télétravail normales. Il faut gérer ses enfants. C’est impossible de demander aux gens qui en ont de travailler 8 heures par jour. Donc, on s’adapte ».

Quelles clés de succès capitaliser ?

Aux grands maux, les grands remèdes. Parmi les leviers à actionner dans les situations les plus délicates, une dimension se distingue comme priorité. « La confiance », ajoute Mathilde Lemée et de reprendre. « Il faut faire confiance et le montrer à son équipe. Nous le faisons. Nos développeurs font le maximum pour délivrer ».

Un point que partage Youen Chéné « On doit faire confiance, pousser au résultat plutôt qu’au temps de présence. En remote, avec un management stimulant, il est même envisageable de gagner en productivité. Car les pauses structurelles sont mieux optimisées. Les sas dus notamment au temps de transport disparaissent ».

Julien Dollon, dont les équipes sont installées à l’autre bout du monde, recommande : « Il faut driver avec la culture plutôt qu’avec des outils ou des processus. Tous les jours, j’appelle une douzaine de personnes pour faire un check-up. On parle de plusieurs sujets, dont les priorités stratégiques business. C’est un moment où l’on montre sa confiance, l’on laisse de la liberté. Je pars du principe que les gens doivent prendre leur décision. Ce sont des ingénieurs, ils ont toutes les capacités pour le faire »

Illustration d'une réunion remote avec 140 participant•e•s chez Teads

De nouveaux quotidiens

Comment font-ils justement ? Les rituels peuvent-ils convenablement avoir lieu dans les foyers des uns et des autres ? A partir de quels outils, le management et la production se synchronisent-t-ils ? Chez Teads, ces questions ont été guidées par l’état d’esprit initié lors de la transition. « On avait en tête que la situation allait durer, il fallait donc s’y habituer. On a mis un point d’orgue à ne rien annuler, à maintenir nos stand-up (comme on peut le voir en illustration), nos calls avec les clients », précise Eric Pantera et d’ajouter. « En outils, on a l’habitude de Zoom, on en expérimente aussi d’autres car on s’est rendu compte qu’il nous fallait favoriser la collaboration spontanée, comme elle s’opère à la machine à café. On teste Sococo, qui le permet ».

En ce qui le concerne, Julien Dollon ne recommande ni outil ni processus. Il suggère : « On doit revenir aux fondamentaux. C’est à mon sens trop de contrôle. J’utilise la voix, l’email, Slack, un peu de zoom, c’est tout. Je recommande en revanche de partager beaucoup d’énergie et de transparence. Dès que j’ai une information utile à la culture de l’entreprise, aux activités, au business, il faut que tout le monde soit au courant de tout, tout le temps ».

Illustration par Tommy Dessine

De son côté, Mathilde Lemée et son équipe maintiennent leurs habitudes au maximum. « On fait un meeting quotidien de 10 min en vidéo. C’est important que tout le monde soit en vidéo pour conserver le lien. On a maintenu tous nos rituels. On a gardé les kick-off du mardi. On veut préserver au maximum notre cadre de travail ».

La vidéo, Youen Chéné aussi la privilégie pour que tout le monde soit au même niveau d’information et précise : « Le plus délicat à gérer en remote, ce sont les signaux faibles. Pour cela faut énormément parler et faire parler ses équipes. Il y a un outil de management qu’il faut utiliser, la conversation individuelle. C’est notamment efficace pour la gestion de la solitude ».

LE BON TIPS DE : 

Julien Dollon

« À ne pas négliger, le bien-être et l’hygiène de vie. Il faut faire des exercices, du sport, manger convenablement, avoir une bonne chaise… ».

Mathilde Lemée

« On dédramatise au maximum. On évite d’ajouter du stress ».

Youen Chéné

« Il faut parfois réguler le temps de travail, notamment celui des développeurs qui en remote peut être sans fin ».

Eric Pantera

« Dans une réunion avec beaucoup de monde sur Zoom, il est possible de prendre la parole en mode Talkie-Walkie, en appuyant sur la barre espace ».

Illustration par Tommy Dessine

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