En mode warrior : ils ont innové, se sont transformés. Replay meetup.

Un mot pour résumer le meetup Tech.Rocks du 14 mai dernier ? Galvanisant. Deux warriors Tech Leaders se sont livrés sur leurs activités durant le confinement. Ils se sont transformés, ont innové sous pression, l’une pour l’éducation, l’autre pour la santé. 

Speakers, who’s who : 

Sophie Viger est Directrice de l’école 42 où la pédagogie est conçue en présentiel. Elle est revenue sur le passage des équipes et des formations en full remote.

Quentin Adam, CEO de Clever Cloud, s’est lancé avec d’autres entrepreneurs dans une course folle : la fabrication de respirateurs artificiels. Ils partirent 5 et finirent 250, avec un modèle en cours de certification à l’ANSM1.

Ce meetup a été animé par Cyril Pierre de Geyer CEO de Rocket School et co-fondateur de Tech.Rocks.

Sophie pour commencer, comment le confinement a été abordé à 42 ?

Sophie : "Du jour au lendemain, il a fallu revoir le modèle de l’école. Ça n’a pas été immédiatement évident. Il a fallu rassurer certaines craintes de l’équipe de voir un modèle twister. Pour resituer, à 42 tout a été fait pour que les formations se passent en présentiel. C’est notre modèle. Avec l’humain, ça fonctionne mieux car les relations sociales ont un effet bénéfique sur l’apprentissage, en particulier durant les « piscines ». Quand vous êtes 900 personnes engagées en même temps au même endroit, vos forces sont décuplées."Notre mode pédagogique par pair, sans prof, amène tout le monde travailler dans la même forêt d’ordinateurs, avec les mêmes librairies. Les élèves se corrigent les uns les autres, dans les mêmes environnements, donc obligatoirement sur place.

Dans ce contexte en mars, comme beaucoup d’entreprises, on s’est retrouvé propulsé dans une situation où, il a fallu se faire plus confiance, compter les uns sur les autres et avancer ensemble."

Comment les formations ont été adaptées au full remote ?

Sophie : "On s’est beaucoup appuyé sur les étudiants. On a mis en place un système avec Guacamole pour leur permettre d’accéder à leurs travaux. Pour les projets graphiques, ça a été plus délicat en termes de connexion. Il a fallu s’assurer que tout le monde dispose du même environnement. On a fourni aux étudiants une VM Linux avec tous les packages nécessaires. On a aussi cherché à reconstituer les conditions de travail habituelles grâce à des outils comme Discord, Slack, WhatsApp. On a créé des groupes. On a proposé des one to one avec des tuteurs pour aider les étudiants. Et puis, on a beaucoup entretenu le lien à distance. On a organisé des challenges, des coding games. Les élèves ont participé au Cloud Challenge contre le covid ou encore à Yes We Hack. On a fait des conférences, des Ask Me Anything sur différents sujets. Le BDE a animé une soirée avec des jeux… Au niveau de l’équipe, on a tout jalonné, tout organiser pour fédérer, pour ne pas subir la situation mais plutôt en faire émerger des opportunités."

Illustration par Tommy Dessine

Quels types opportunités ? 

Sophie : "D’une façon générale, on a amélioré la dimension collaborative entre les différents campus de 42. Cette crise nous a permis de nous connaître mieux et de structurer nos liens. 

Il est toutefois temps que la situation revienne à la normale. Parmi les élèves, il y a des profils pour qui c’est plus compliqué. En l’occurrence, on s’est rendu compte que certains ne disposaient pas d’ordinateurs ou de connexions internet convenables pour suivre les programmes à distance. Pour faire en sorte qu’ils ne décrochent pas, on a sollicité la région. On a aussi travaillé sur un plan de retour dans les locaux qui nous a permis de ré-ouvrir nos portes hier à une cinquantaine d’étudiants, dans le respect strictes des mesures de sécurité sanitaire (gestion du flux, gestes barrières, ordinateur lavé entre chaque utilisateur, etc.)"

Une fois la crise passée, que va-t-il rester du remote à 42 ?

Sophie : "On va revenir à notre modèle en présentiel et retrouver les dimensions humaines, la collaboration, l’écoute. On travaille sur les mesures pour faire revenir les promotions en juin avec les précautions de sécurité nécessaires. Ceci étant, on ne va pas jeter tous les outils créés durant le confinement. J’aimerais bien les réutiliser dans le contexte d’un programme à destination d’un public féminin international. Mais, l’enseignement à 42 va être comme il était avant."

Illustration par Tommy Dessine

Quentin à présent, comment se lance-t-on dans l’invention de respirateurs ?

Quentin : "Tout est parti d’une conversation avec des potes, des ingénieurs de l’IT, des entrepreneurs comme Baptiste et Valérian qui ont créé CRISP. On discutait et on s’est dit que le covid allait provoquer un manque de respirateurs, partout dans le monde. On s’est alors demandé si en fabriquer était compliqué. On s’est énervé deux minutes et on a décidé d’en créer. On a formé un collectif Makers for life. En quelques semaines, on a mis au point le MakAir. Son dossier de certification est actuellement à l’ANSM (1) avant de pouvoir l’exploiter dans les hôpitaux."

Illustration par Tommy Dessine

Quelles sont les parties prenantes de ce projet ? 

Quentin : "Ce projet est entièrement open source. Il a agrégé des compétences au fur et à mesure. On a été rejoint par différents acteurs comme L’AID (2) par exemple qui a fait un appel à projet et nous a retenu parmi 3000 dossiers. Des dirigeants d’entreprises aussi nous ont contacté, comme Diabeloop dont le métier est de créer des devices médicaux. Ils nous ont aidé sur la partie réglementaire du dossier de certification. Ils nous ont amené les contacts au CEA (3). Cela nous a permis d’obtenir du financement, le prêt d’une machine qui simule le fonctionnement d’un poumon. 

Ce qui est assez marrant dans ce projet est la diversité des contributeurs. À la base, on est 5 entrepreneurs, des indépendants sont venues, des PUPH (4) aussi. On a recruté dans des petites boîtes. Avec la phase d’industrialisation, on travaille avec des groupes comme SEB, Renault, des ETI, des PME..."

Comment le projet a été managé ? 

Quentin : "On est parti sans aucune idée de la façon de construire un respirateur, sans cahier des charges. Au moment où on se lance, d’autres projets existent, font un peu de bruit. Le problème, quand tu te pointes sur leur Slack, la réflexion devient vite très bureaucratique, avec des comités de ceci et de cela, sans même avancer. On s’est dit qu’il fallait absolument éviter ça. 

On a fait un projet GitHub où l’on a mis le maximum d’informations. On a publié des vidéos pour expliquer ce qu’on allait faire sur un channel Youtube peu référencé. Ensuite, une partie de l’équipe s’est penché sur l’axe comment faire les premiers prototypes. Je suis allé sur la structuration. À partir de là, on passe notre temps au téléphone avec des anesthésistes réanimateurs pour comprendre ce qu’il faut faire. On assemble un cahier des charges petit à petit dans un Google Doc. Le 17 mars, je passe le premier coup de téléphone. Le 3 avril, on branche le premier animal sur le MakAir, l’opération est un succès."

Comment vous êtes-vous structurés ?

Quentin : "Sans faire trop de bruit. On communique uniquement de proche en proche, sur Telegram, pour éviter d’être submergé de gens à qui on n’aurait pas su quoi dire. On parle avec des PUPH (4).

Les premiers schémas sont postés sur GitHub. On commence à récupérer des profils qui ont les bonnes expertises pour corriger les choses et pour permettre d’avancer. Quand on trouvait un mec très bon, on lui demandait « qui sont tes potes ». On en a recruté beaucoup comme ça. On a structuré en responsabilisant. À la fin de la première semaine, ça fonctionnait, on était 100."

Des anecdotes à partager ? 

Quentin : "Des histoires, il y en a à la pelle. Par exemple, on a eu des problèmes pour nous approvisionner en petits moteurs. Un de mes contacts à qui j’en parle me dit « attend, je vais voir ce que je peux faire ». Dix minutes plus tard, mon téléphone sonne. À l’autre bout de la ligne, le patron de Parrot me demande comment il peut nous aider. 

On a vécu comme dans une collocation de scientifiques. On bossait tous tout le temps en dormant 4 heures grand max. 

On a passé trois semaines au CEA (3). On est parti en bus. 10 heures de trajet, ça faisait un mois qu’on n’avait pas eu l’occasion de dormir autant."

Illustration par Tommy Dessine

Est-ce un projet pro bono ? 

Quentin : "On n’est pas là pour faire de l’argent. Pour créer le MakAir, on a constitué un collectif de 250 personnes. On est soit bénévole, soit financé par nos boîtes en mécénat de compétences avec la fondation du CHU de Nantes. Tout ce qu’on a fait est sur GitHub. Tout le monde peut s’en servir. 

Quoi qu’il en soit, toutes les parties prenantes ont fait des efforts. Les industriels du consortium bossent pro bono. Certains se sont faits du mal pour payer moins cher des matières premières, réduire des coûts de logistiques."

Où en est le MakAir actuellement ? 

Quentin : "Pour l’instant, on a livré des machines dites « not human for use », à plusieurs hôpitaux en France et à l’étranger, pour permettre de se familiariser avec la machine et la tester. Dans le processus de certification, on en est à l’étape faire accepter les essais cliniques, sachant qu’avant ça, il y a des essais pré-cliniques, techniques sur poumons artificiels ou sur animaux. On est en discussion avec l’ANSM (1). L’industrialisation est prévue avec SEB. Le groupe a annoncé qu’il devenait producteur du MakAir. On bosse avec eux tous les jours en ce moment pour produire en masse."

Démonstration MakAir

Bravo à ces deux warriors. De nouveaux tech leaders s’apprêtent à monter sur scène Meetup Tech.Rocks. Quand ? Le mercredi 20 mai 2020, à 17h30. Qui ? Retrouvez Marek Kalnik, Bruno Soulez et Aurore Malherbes pour aborder les différents types de CTO. 

Inscrivez-vous dès à présent : https://www.meetup.com/fr-FR/Meetup-CTO-Tech-Rocks/events/270620219/

1.     ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

2.     AID : Agence de l’Innovation de la Défense

3.     CEA : Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives

4.     PUPH : Professeur des universités-praticien hospitalier

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