Comment réduire l’impact environnemental des métiers tech ?

De quoi est constituée l’empreinte environnementale du numérique ? Est-il possible de la réduire ? Quels rôles ont à jouer les tech leaders ? La communauté Tech.Rocks a pris de la hauteur sur ces questions lors de son meetup du 24 septembre 2020. Replay. 

Speakers, who’s who :

- Stéphanie Durr, CTO de Matrice.io.

- Nicolas Bordier, Consultant DevOps et Numérique Responsable.

- Wojciech Wojcik API Architect & Tech Lead chez Octo Technology.

Trois invités engagés dans la réduction de l’impact environnemental du numérique. Ils partagent leur constat sur la situation actuelle et mettent en lumière des solutions concrètes.

Ce meetup a été animé par Meriem Berkane, vice-présidente du comité contenu Tech.Rocks.

La situation, en quoi les activités tech ont un impact sur l’environnement ?

Stéphanie Durr : Internet, l’un des impacts sur l’environnement, représente aujourd’hui 4 % du total des émissions de CO2. La consommation énergétique liée à son usage augmente de 9 % par an. On estime qu’en 2025, on atteindra un niveau de pollution identique à celle des voitures aujourd’hui. Autre impact, la consommation de ressources, un domaine directement lié à la conception des produits. Quand on réalise nos applications, on doit désormais se poser la question de la compatibilité, de la rapidité et de la quantité de ressources nécessaire. Un exemple concret, chez nous, nous avons été obligés de racheter un ordinateur à notre comptable parce que son logiciel ne fonctionnait plus sur sa machine.

Nicolas Bordier : À propos du CO2 émis par le numérique, pour être dans les clous de l’Accord de Paris, l’objectif est de le réduire de 5 % par an. D’ici 2050, il faudrait diviser par 6 l’ensemble de toutes nos émissions de carbone. C’est ambitieux mais il y a des actions à mener par chacun par petits bouts pour y parvenir. Ceci étant, l’environnement est impacté aussi dès que l’on crée du matériel. Difficile de s’en rendre compte mais la pollution générée à l’autre bout du monde par l’extraction de ressources est considérable. Pour traiter et transformer les matières premières, des produits chimiques sont notamment utilisés. Ils détruisent du vivant. Enfin, le principal impact des filières techniques, selon une étude de GreenIT.fr publiée en 2019, réside au niveau des terminaux, pour 70%. C’est là où il va falloir agir.

Wojciech Wojcik : Un premier mot d’ordre est en effet: “il faut utiliser moins de terminaux, les garder le plus longtemps possible”. Aujourd’hui, mon approche des appareils électroniques change. Je me dis désormais, est-ce j’ai vraiment besoin d’écrans supplémentaires dans la maison. Une bonne vieille balance à aiguille fonctionne par exemple aussi bien qu’une électronique.

Par ailleurs, le logiciel joue un rôle dans la durée de vie du matériel. Aujourd’hui revoir un système d’exploitation conduit bien généralement à remplacer d’anciens équipement par des neufs. On ne renouvelle pas nécessairement les stations parce qu’elles ne fonctionnent plus, mais parce qu’elles rament.
Autre point, on a eu une réelle prise de conscience en faisant le bilan carbone d’Octo via une calculette. On a évalué l’impact des projets développés pour nos clients. Au final, l’empreinte d’un projet un peu XXL est potentiellement du même ordre de grandeur que celle de l’ensemble de notre boîte (avec les bâtiments, les employés, leurs déplacements, etc). Ce n’est pas anodin, notre métier est bien source d’impacts.

Comment inverser cette tendance ?

Stéphanie Durr : Les premières idées à faire comprendre aux entreprises et aux entrepreneurs sont : « ce n’est pas parce que le numérique est dématérialisé qu’il est propre ». Il faut prendre conscience des différentes questions à se poser quand il s’agit de créer des outils. « Quel est l’impact du projet que je développe ? », « Comment puis-je faire autrement ? »…

La conception a un fort impact dans le numérique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre les règles du code écolo et de limiter son stockage. Il faut travailler avec le Produit, les designers pour les informer. À partir du moment où l’on arrive à les questionner et à faire le cheminement avec eux, on arrive forcément à changer les choses.

Wojciech Wojcik : J’ai pris une baffe quand j’ai réalisé ce qu’était un service numérique. Pour moi avant, ça se composait simplement d’un utilisateur, d’un smartphone, de serveurs. C’est en fait bien plus complexe. Un service numérique est à la fois physique et numérique. C’est un parcours utilisateur, où une commande peut être passée via une application. Toute une partie logistique intervient ensuite… Et puis, un service numérique fait partie intégrante d’un écosystème constitué de banques, de tiers, de services Google par exemple. Dans ce contexte, la part de numérique de nos partenaires s’ajoute à la nôtre. Quand on comprend ça, pour réduire son impact, on dispose de leviers 3 à 4 fois plus importants que si l’on reste le nez sur son petit environnement local. On peut alors simplifier le parcours utilisateur. Éviter des briques numériques à certains endroits. On peut activer des choses beaucoup plus puissantes. Pour moi, l’écoconception c’est ça, une approche globale, avec notamment de l’analyse de cycle de vie.

Que peut-on faire en tant que CTO pour réduire son impact environnemental ?

Stéphanie Durr : En interne, nous agissons aux niveaux de la consommation de ressources, de la gestion des données, des dépendances, des API, du choix de nos hébergeurs… Quoi qu’il en soit, un CTO a une réflexion à mener sur le stockage. Il est important d’avoir conscience qu’à chaque fois que l’on stocke, on a un impact sur l’environnement. Il est essentiel de se demander si ses données collectées sont pertinentes. Si oui, combien de temps ai-je besoin de les conserver ? Quand les supprimer ? Nous nous sommes par exemple retrouvés avec un serveur saturé parce que nous y conservions tous les log Puma depuis toujours. Dans les faits, on n’en a pas besoin.

Nicolas Bordier : Comme ça a été dit plus haut, la phase sensibilisation, la prise de conscience est essentielle. En l’occurrence, un des premiers axes à emprunter pour un CTO est en effet d’aligner dans les projets KPI économiques et KPI environnementales, d’aligner les trois P : people, planète et profits. S’il y a les trois, ça marche.

Wojciech Wojcik : Et puis, on peut éviter la course à la dernière technologie. Elle pousse les utilisateurs à renouveler leur matériel. Un des grands débats aujourd’hui est ouvert autour de la 5G. En réalité, le sujet n’est pas tant que des antennes vont être déployées et consommer plus. La certitude, en revanche, est l’accélération du remplacement de matériel pour des raisons de compatibilité. On va planter 80% de la pollution générée par la construction ou l’acheminement du matériel que l’on possède aujourd’hui.

Aussi, si votre service ou votre application peut tourner sur une ancienne version d’appareils, c’est tout « bénèf ».

Il y a, par ailleurs, des choses intéressantes aussi dans le domaine de l’adaptation des services à la qualité du réseau. Il existe par exemple un client mail capable de proposer une version allégée de son service s’il détecte que le temps de chargement est long. Des bonnes pratiques, il y en a en réalité partout, du côté développement, backend, JavaScript, hosting…

Nicolas Bordier : Pour compléter, en termes d’archi, il y a des patterns à appliquer sur le cloud, sur le dev mobile.

Est-ce qu’une architecture en monolithe est plus propre qu’en micro services ?

Stéphanie Durr : Pour moi, ça dépend si on appelle tous ses services ou non. Si quand vous démarrez votre application, tous sont lancés dès le départ, vous aurez un impact plus important. En revanche, si vous appelez vos services au moment où ils sont nécessaires le monolithe à une empreinte plus importante.

Wojciech Wojcik : En matière d’architecture, un des drivers qui poussent à mettre en place des micro services est la possibilité de faire de la scabilité différenciée. Si dans un gros monolithe une partie est plus sollicitée, genre la consultation du catalogue, il y a un intérêt d’affecter un micro service de manière spécifique pour encaisser le trafic. Ça évite à chaque fois de scaler un monolithe entier distribué sur beaucoup de serveurs.

Une recommandation cloud ?

Stéphanie Durr : Beaucoup d’hébergeurs mènent des actions pour améliorer leur empreinte, des data center se créent dans des pays froids par exemple. Si nous pouvons privilégier ces hébergeurs, là, forcément nous allons leur donner plus de moyens pour continuer leurs actions. Il est possible d’en trouver sur Google en tapant “hébergeurs écologiques”.

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