Ask Tech.Rocks anything : le rôle du CTO. Le replay. 

Trois des quatre fondateurs de Tech.Rocks, et un invité exceptionnel, sont montés sur scène jeudi 2 avril pour parler du rôle du CTO. En mode “ask me anything”. Une session très riche, animée par Julien Dollon (Oracle), avec les dessins de Tommy Dessine en live.

Speakers, who’s who ? 

Dimitri Baeli : Ex-CTO des furets.com, aujourd’hui, il consacre notamment son temps au mentoring CTO.

Francis Nappez : Co-fondateur de BlaBlaCar, il a occupé la fonction de CTO de la plateforme de covoiturage, pendant de nombreuses années.

Nicolas Silberman : En tant que CTO dans l’industrie des media, il est notamment passé par 20 Minutes et Mediapart. Aujourd’hui, il mène des missions d’audit et de coaching IT. 

Guillaume Postaire : Il dirige la Media Factory de France.tv et - annonce officielle – il vient d’être nommé président du Comité contenu de Tech.Rocks.

Sur quels tableaux le CTO doit jouer ? 

Francis : "C’est un mix. On est au carrefour de plusieurs équipes. On est souvent le passage obligé de nombreux projets. On a ainsi un gros travail de communication à mener. On a à expliquer : où on va, où l’on en est. On discute avec le marketing, le commercial… On doit tenir compte des impératifs des uns, s’adapter aux spécificités des activités d’autres.

Dimitri : "D’une part, le CTO est dans le build. Il est le lead de la fabrication interne de l’ensemble de l’asset de l’entreprise. Il revendique d’ailleurs la technique et doit être diplomate à propos d’elle. Il a souvent envie de tout fabriquer, se bat pour ne pas acheter de solution à l’extérieur. 

D’autre part, il fait avancer ses équipes. Mon agenda chez LesFurets était principalement blindé de one to one. L’essentiel de mon temps, était consacré à des rencontres pour parler des projets de façon efficace."

Guillaume : "En effet, on partage l’information avec les équipes grâce aux one to one quotidiens. Et une fois par mois, on fait le point avec le Codir. Par ailleurs, je consacre aussi beaucoup de temps à discuter avec des clients, à réévaluer les besoins, les objectifs, les performances. En cela, on a un rôle important à jouer de négociateur, un vrai job de diplomate à ce niveau-là aussi."

Nicolas : "C’est vrai. Je suis complètement d’accord sur le fait que le CTO est un VRP en quelque sorte. Et au-delà, notre réelle valeur tient au fait d’accompagner les différentes équipes de l’entreprise à comprendre ce que sont les activités IT. On doit absolument casser la boîte noire, expliquer nos métiers aux autres. Dire ce que nous faisons, comment et ce à quoi ça sert." 

Le CTO est-il le meilleur tech de l’entreprise ? 

Dimitri : "À mon sens, il doit être le meilleur de sa stack. Il doit connaître son système par cœur. Le maîtriser dans le moindre détail pour être certain de ne rien rater. Il doit être en mesure de l’expliquer à tout instant à tout le monde." 

Guillaume : "Dans la perspective d’être le meilleur, il faut lire, écouter des podcasts, aller dans les conférences et discuter avec ses pairs. Il y une donnée importante que j’ai comprise, le fait de travailler les hardskills pour muscler son savoir-faire tech, c’est une chose. Les softskills, elles, permettent de monter."

Nicolas : "J’ajouterais, parmi les skills sur lesquelles il faut se concentrer, ce sont celles qui permettent d’accompagner et de challenger les développeurs. Il ne faut pas perdre de vue qu’un des points sur lequel on nous attend le plus est d’offrir les meilleures l’expérience des clients des solutions."

Par quelles expériences tech passe-t-on avant de devenir CTO ? 

Dimitri : "C’est un des grands sujets de Tech.Rocks. On a, en l’occurrence, établi une grille avec les profils. On y retrouve tout d’abord le développeur, un métier par lequel on commence et qu’on exerce 4 à 5 ans. Par la suite, on passe tech leader. On pilote alors une petite équipe de développeurs, pendant environ 3 ans. Puis, on peut devenir VP Engineering. L’envergure de l’équipe est plus importante, elle peut atteindre une cinquantaine de personnes. Et au-dessus, on a le CTO qui est amené selon la taille de l’entreprise à manager des équipes et dont l’enjeux est d’être toujours connecté à l’axe technologique."

Faut-il un Bac +5 pour devenir CTO ? 

Guillaume : "Les études sont utiles dans le sens où elles amènent un bagage technique qui permet de travailler au quotidien. Toutefois, autour de moi j’ai des exemples de personnes qui ont atteint des responsabilités avec peu de diplômes. Quoi qu’il en soit, il faut en permanence se former en assistant à des conférences, en écoutant des podcasts, en lisant des livres…"

Dimitri : "Pour moi faire des études permet de gagner des années. D’accéder à un certain niveau de poste sans devoir commencer de zéro ni franchir certaines étapes. Ceci étant, pour moi quelqu’un d’autodidacte qui n’a pas de diplôme peut tout à fait se faire embaucher. Je n’ai jamais vu cela comme un frein, ni comme un statut de junior. Après c’est au CTO de le faire évoluer ses équipes."

Nicolas : "Je suis d’accord. Par exemple chez 20 minutes, la culture était plutôt tournée vers le gain d’expérience. L’entreprise était assez ouverte au niveau des recrutements notamment pour des profils juniors, que nous faisions évoluer. 20 minutes était une bonne école ! Y compris pour moi d'ailleurs. Ceci étant, la problématique était qu’il fallait davantage prouver sa légitimité aux plus expérimentés."

Combien gagne un CTO ? 

Francis : "Question délicate. Nous avions à ce sujet publié une étude sur le site Tech.Rocks. Ma position sur la rémunération consiste à dire, il faut négocier un salaire à la hauteur de l’entreprise, avec une part conséquente de pari sur l’avenir. On parle de plus en plus de package avec une rémunération globale qui comprend le salaire, les parts…"

Dimitri : "Ma position est de dire : quand on participe à la construction du logiciel de l’entreprise, à tout son asset, à savoir le développement, le delivery, on doit principalement avoir le salaire qui va avec. Ensuite, le reste en prise de risque avec le pack en de plus faible proportion."

Guillaume : "Autre cas de figure, dans une entreprise publique (comme France Télévisions) où les salaires sont raisonnables, on doit revendiquer un volume financier cohérent avec les projets menés. Toutefois ici entre aussi dans la balance, la notion de mission. En ce qui me concerne, je ne ferais pas ce que je fais à France.tv ailleurs. Si j’avais été motivé par l’argent uniquement, je serais allé dans une industrie plus lucrative, mais pas forcément plus intéressante. 

Toutefois, je milite pour casser les grilles de salaire pour qu’un profil jeune et expérimenté dispose d’un même salaire qu’un plus sénior à compétences égales."

Comment évolue le salaire d’un CTO ?  

Dimitri : "La vraie difficulté de cette question apparaît quand on compare la courbe d’évolution d’un salaire au sein de l’entreprise avec celle du marché. Sur ce dernier, le salaire d’un développeur va croître de 5% tous les ans. Quand une entreprise se contente de 2%. Un gap se crée. Dans ce contexte, elle va souvent pousser son équipe à sortir. En conséquence, ma ligne a toujours été de dire, j’augmente les salaires de 5% par an en commençant sur une base de 40 K pour éviter le gap et garder les talents." 

Francis : "Sur l’évolution du salaire, j’ai l’impression qu’il y a un vrai retour aux fondamentaux. Ces dernières années, ça a été la fête. Désormais, on revient à des sujets comme la mission dans l’entreprise qui compte dans l’épanouissement de l’équipe. En matière d’attractivité, on a beaucoup parlé de remote par exemple. Il me semble qu’il y a de nouveaux standards, avec des conditions de travail qui vont bien. Une piste pour les revoir : tenir compte notamment de besoins sociaux, d’autant que le marché du recrutement IT est en tension."

Binôme, externe, part time, ces modes fonctionnent pour les CTO ? 

Nicolas : "CTO externe, il y une limite selon moi. Si personne n’emporte la vision techno en interne par rapport au produit, c’est difficile. On peut plutôt envisager de faire appel à des externes pour passer des étapes. 

Le binôme en revanche, j’ai toujours cherché à avoir à mes côtés quelqu’un qui va vraiment mettre les mains dans le cambouis. On peut l’appeler adjoint, VP eng, tech lead… il apporte, quoi qu’il en soit, ce dont les développeurs et les opérationnels ont besoin, les échanges et des retours. C’est intéressant pour dégager du temps, pour se faire challenger et avancer et définir une stratégie."

Guillaume : "Sur la partie part time, ce n’est pas sain sur le long terme. Il faut que quelqu’un de l’entreprise connaisse la tech. Par contre je pense que ça pourrait améliorer plein de lancements de startups dont le cœur n’est pas complètement technologique. Une structure qui va prendre un développeur et le propulser CTO sans l’expérience suffisante. Dans ce cas précis, ça peut être pas mal d’avoir un CTO part time qui vient faire grandir ce dév."

Un retour sur le Remote ? 

Guillaume : "En ce qui me concerne, pré-confinement je ne télétravaillais qu’un ou deux jours par semaine. Depuis qu’on a activé le remote, ce que je constate de la situation : la mission de l’entreprise est particulièrement claire. Sa compréhension est directe. Les réunions vont plus vite. Je prends plus le temps pour être en contact avec les équipes. Je pense qu’après la pandémie, je m’autoriserai davantage de remote." 

Nicolas : "Sur l’après pandémie, difficile de dire ce qui restera du remote. Une chose est sûre, depuis les grèves, il y a eu un changement d’état d’esprit. Dans les entreprises, on s’est dit : c’est juste un moment à passer. Tout le monde n’était pas concerné. Certains pouvaient accéder à leur bureau etc. Là, on est obligé, on voit que c’est possible. Je pense que des managers de tous secteurs d’activités sont désormais convaincus de l’usage et des bonnes pratiques du remote. Après peut-être que d’anciennes habitudes vont revenir. À voir." 

Un conseil pour finir ? 

Dimitri : "Former son remplaçant dès le début. Je pense que les managers, les entreprises ont beaucoup à gagner à fonctionner sur ce principe. En l’occurrence, un CTO obtient plus d’air ainsi." 

Nicolas : "Savoir se sortir de son équipe plus souvent et se concentrer davantage sur l’accompagnement des métiers. Faire l’effort de s’impliquer auprès des autres activités non tech dans l’entreprise."

Francis : "Le CTO doit selon moi faire grandir les gens autour de lui, les former et s’il le faut à chercher de bons profils à l’extérieur. C’est parfois difficile à faire comprendre pour des questions de perception de loyauté, de fidélité, mais c’est nécessaire. Autre conseil, être en mesure de s’auto virer à tout instant. De la même façon, c’est important pour être sûr de garder le maximum de hauteur de vue."

Guillaume : "Pour être toujours au fait des techno, il faut être proche des experts qui connaissent celles qui vont changer la donne des métiers du jour au lendemain et jouer sur Amazon Lambda."

Merci à tous les quatre pour. On se retrouve très vite.  Quand ? Le jeudi 9 avril 2020,  pour un meetup cette fois-ci consacré à la cybersécurité. Comment gérer celle de son entreprise à distance ? Quelles bonnes pratiques la renforcent-elles, remote ou pas remote ? Comment sensibiliser ses équipes tech à ce sujet ? 

Nathalie Lamy VP Engineering de Netatmo, Korben, co-fondateur de YesWeHack, Sacha Morard CTO de Le Monde, Benjamin Fabre CTO de Datadome, monterons sur scène pour répondre à ces questions entre autres. 

Pour s’inscrire, c'est par ici sur meetup.com (et c'est gratuit). Retrouvez tous nos futurs meetups là. N'hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter et à notre Slack.

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK