Tech.Rocks K2

FinTech, comment la tech révolutionne le secteur financier ?

Publié le 5 mai 2021

FinTech, comment la tech révolutionne le secteur financier ?

Trois tech leaders ont partagé leur point de vue sur la question, lors du meetup Tech.Rocks du 22 avril 2021. Replay.
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Speakers, who’s who :

  • Laure Némée, CTO chez Mangopay.
  • Sébastien Monchamps, CTO Banque en ligne & Plateformes Digitales chez BPIfrance.

Ce meetup a été animé par Marc-Antoine LACROIX, CPO chez Qonto.

Votre parcours dans la fintech, pouvez-vous le resituer ?

Laure Némée : Je suis CTO de Mangopay. Il y a 11 ans, j’ai participé au développement de Leetchi en tant que CTO. L’entreprise était dans sa phase early stage. Et à l’époque, on a travaillé sur Leetchi Wallet Management. Un produit dont l’idée était de mettre notre moteur transactionnel à disposition d’autres startups. Finalement, il est devenu un projet à part entière, sous la marque Mangopay avec des équipes dédiées. Aujourd’hui, Mangopay est une API de paiement qui permet de recevoir des fonds à partir de différents moyens, avec des workflows relativement complexes. C’est aussi une solution de tenue de compte à destination de places de marché, de fintech, d’acteurs de crowdfunding, etc. On existe maintenant depuis 8 ans. Actuellement, notre croissance économique est relativement soutenue. On a atteint les 10 milliards d’euros de flux entrants l’été dernier. Au niveau de l’organisation, on était 100 personnes fin 2019, 170 en 2020, on espère atteindre les 260 d’ici fin 2021, avec un ratio de 30% dédié à la tech et au produit.
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Sébastien Monchamps : Je suis CTO de BPIfrance Plateformes Digitales, une division récente de BPIfrance. Pour situer, la Banque Publique d’Investissement accompagne les entreprises dans toutes les étapes de leur vie : création, financement, innovation, investissements, cession/reprise. Je vais rapidement revenir sur la façon dont cette nouvelle activité, Business Plateformes Digitales, a permis d’amorcer une révolution tech dans l’entreprise. Initialement, on est parti d'une roadmap où il s’agissait de construire la nouvelle banque en ligne de BPIfrance. Dès lors, en janvier 2020, on a lancé un refactoring complet. On a tout reconstruit de zéro : nouvelle infrastructure, nouvelle stack technique. Aucune ligne de code stockée dans le cloud n’a été gardée.
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Environ 70% de l’équipe a changé. En mars 2020, Covid, le ministère de l'économie nous demande de produire la plateforme d’attestation des prêts garantis par l’État. On l’a montée en cinq jours. Entre parenthèses, depuis, quelques 800 000 attestations et 135 milliards d’euros ont été distribués. Deux jours après, on nous donne trois semaines pour créer une plateforme de crédits automatisés. A priori, rien dans notre stack ne nous permet de la faire et pourtant on l’a réussie. Pour précisions, 8000 crédits et environ 300 millions d’euros ont pu aussi être également distribués. Suite à cela, autour de juin 2020, on est officiellement devenu un nouveau business. Actuellement, on a six plateformes en production. Sur l’année, on a généré plus de 7 millions de chiffre d’affaires. On prévoit une croissance assez significative en 2021. Je tiens à souligner que si on a pu faire tout ça et obtenir ces résultats, c’est avant tout grâce à la tech et à un changement de culture.

Marc-Antoine Lacroix : En ce qui me concerne, j’ai commencé dans la tech comme fondateur de boîtes. J’ai ensuite rejoint Qonto, au départ en tant que CTO. Au bout de deux ans, je suis passé de l’autre côté de la barrière au niveau product. Et depuis août dernier, je suis CPO. Qonto, rapidement, est une néo banque business. Ses services s’adressent aux indépendants comme aux PME plus importantes.
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Ces dix dernières années, le marché des fintechs a considérablement évolué, comment avez-vous vécu les impacts de la tech dans le secteur financier ?

Laure Némée : Selon moi, on peut souligner deux apports des fintechs au secteur financier, la démocratisation des services et la remise en question de pratiques classiques. Sur le premier point, avec Leetchi au début, on révolutionnait plutôt l’enveloppe qui passait dans les bureaux, l’organisation d’anniversaires... Avec le temps, on est parvenu à démocratiser la collecte d’argent pour le grand public et pour n’importe quelle cause. Cette évolution est vraie aussi pour Mangopay. On a pu rendre les outils de tenue de comptes accessibles. En effet, quand on est arrivé sur le marché, il y avait peu d’acteurs. Tous avaient une gestion un peu old school, avec des API vieillottes, des frais de setup ou encore un prix prohibitif pour les startups. Précisément, cette problématique, on a dû la résoudre en faisant notre propre moteur transactionnel et en allant chercher un agrément bancaire. C’est à partir de ces démarches qu’on a saisi l’opportunité de proposer notre service à d’autres entreprises avec une tarification claire, une approche SAAS…

À propos de la remise en question de pratiques. Personne parmi les fondateurs ne venait du secteur financier. Les approches étaient différentes des traditionnelles. Ceci étant, ça se résorbe un peu. Les pratiques commencent à être un peu plus identiques chez les acteurs historiques.
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Sébastien Monchamps : De mon côté, je viens d’une banque très traditionnelle. À titre personnel, je n’y trouvais pas vraiment mon compte en termes de culture. Celle qui y était partagée supposait beaucoup de contrôles, de la rigidité, un travail linéaire, des projets longs à sortir. Une culture très historique qui, depuis, s’est faite percutée par celle des GAFAM dont l'approche est beaucoup plus efficace. Dans ce contexte, j’ai souhaité me rapprocher d’un monde plus startup, plus agile, en allant chez BPIfrance. Et à un moment, il a été décidé de faire un peu table rase des pratiques au niveau des projets, de la prod aussi. Et la clé de succès de cette révolution a été l’adaptation de notre culture pour pouvoir mieux utiliser la tech. Un reset à ce niveau a été indispensable. Dans notre cas, il n’était pas question de revoir l’outillage mais de plus responsabiliser, moins de hiérarchie, pas de formalisation excessive, des contrôles justifiés…

Comment fait-on pour innover sous la contrainte des réglementations ?

Sébastien Monchamps : À mes yeux, il est tout d’abord possible d’innover en adoptant une approche progressive et pédagogique basée sur les résultats. En ce qui nous concerne, plutôt que de parler beaucoup, en amont, on POC avec quelques clients. On prouve la robustesse des use-cases, des contrôles… et on avance. On cherche à créer une relation de confiance avec le régulateur et les différentes autorités. Il faut savoir que le régulateur ne va jamais formellement dire “oui” ou “non” sur un sujet que vous lui soumettez. Le mieux qu’il puisse dire c’est : “je n’ai pas de réserve”. C’est donc très extrêmement important d’être transparent avec lui.

Et puis, il faut savoir rester assez ferme sur ses convictions. Par exemple, quand on en a une sur le niveau de qualité et de simplicité du parcours client, il faut se démener pour trouver les solutions techniques ou d’UX. Il s’agit d’être ensuite exigeant, en interne, vis-à-vis de ses équipes compliance qui s’assurent que les règles légales soient respectées. C’est un travail important pour qu’ils réalisent leur transformation et adoptent l’intérêt de la tech.
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Laure Némée : En réalité, la réglementation bancaire est une opportunité. Nos clients viennent chercher un service régulé, qui ne pose pas de souci. Au début, les produits comme les nôtres n’étaient pas vraiment prévus par la réglementation. On les créait et se posait ensuite la question de la règle. Des mesures, comme la DSP2 ou la directive MS5, relativement récentes, poussent à aller vers un meilleur service aux consommateurs. Il faut donc considérer que tout cela n’est pas seulement une contrainte, c’est aussi intéressant. Par ailleurs, nos activités impliquent aussi d’avoir une bonne relation avec le régulateur. Pour comprendre ses exigences, il y a tout un travail d’analyse assez conséquent mené par les équipes produits et compliance chez nous.

Comment gérer la question de qualité quand on touche à l’argent de plusieurs milliers de personnes ?

En effet, chez Mangopay, on a un vrai enjeu sur la qualité du service. Schématiquement, si notre service est down, le chiffre d’affaires de nos clients ne rentre pas. Il y a donc une exigence à avoir à ce propos. On a ainsi développé des pratiques de qualité en termes de développement, de test automation, d’infrastructure… On essaie qu’elles infusent à tous les niveaux de l’entreprise. L’amélioration continue est aussi un sujet important.
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Sébastien Monchamps : Il y a plusieurs points sensibles chez BPIfrance, en l’occurrence, la question des données de crédit et le fait d’être une banque publique. Toutefois, la sécurité fait partie de notre quotidien. Concrètement, on a une manière de suivre la performance, les réalisations des équipes chaque semaine et l’un des axes de contrôle concerne la sécurité. Clairement, elle est monitorée, verbalisée et suivie. Dans la pratique, on y met beaucoup plus de ressources que dans d’autres business et on y passe plus de temps.

Ceci dit, on travaille avec la NSSI. Ça a été notamment le cas à propos de la sécurisation de la plateforme de prêts garantis par l’État.

Je regarde le relpay sur youtube ici
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